Le coin des vieux guides

 

Les guide de Metz ont une histoire

                               

                Metz n’est pas à proprement parler une grande ville de tourisme, mais au début du XIXème siècle, les érudits locaux commencent à publier des petits guides pour les voyageurs de passage. A travers la lecture de ces guides, il est possible d’appréhender l’évolution de la ville et de ses représentations. Notre Petit Singulier s’inscrit d’une certaine manière dans cette tradition, il valide le sentiment de beaucoup de Messins : la ville de garnison est devenue bien belle. Elle a gagné ses lettres de noblesse et mérite qu’on s’y arrête. L’effet Pompidou en 2010 a ajouté encore de l’intérêt pour les étrangers de passage.

 

Le premier Guide de l’étranger de Metz paraît en 1834, on le doit à un érudit local, le médecin Emile Bégin. Son ouvrage est le reflet des préoccupations de l’époque, il fait le point sur l’état sanitaire de la ville et notamment des casernes si nombreuses alors. D’autres données statistiques sont présentées et donnent le sentiment de lire davantage un annuaire qu’un guide utile au voyageur. En 1850 avec l’arrivée du chemin de fer à Metz, de nouveaux guides sont publiés. L’éditeur parisien Hachette propose sa première collection de guides dont De Paris à Strasbourg en 1854 qui consacre trente pages à Metz. Rédigé par un non Messin, il répond à de nouvelles exigences : plus de concision, plus de neutralité ; mais les informations pratiques sont rares et encore imprécises. La même année, le Messin Auguste Terquem s’essaie au genre avec le Guide du voyageur dans la ville de Metz et ses environs. Son travail est moins érudit que celui de Bégin, dans ses textes apparaît son goût de la digression, de l’anecdotique pas toujours en rapport avec Metz d’ailleurs. D’autres guides sont publiés à l’occasion de l’Exposition universelle de Metz en 1861 dont celui d’Edouard Simon, professeur à l’Ecole d’artillerie, Panorama de Metz à vol d’oiseau ; c’est un guide très personnel, une sorte de tribune sur la ville et la vie municipale, ne répondant qu’accessoirement aux questions pratiques du voyageur.

Vers 1870, deux genres de guide s’opposent donc : le premier est le fait d’érudits messins qui valorisent les richesses locales, les statistiques et les commentaires anecdotiques à l’usage des Messins alors que le second répond davantage aux aspirations du voyageur qui doit découvrir la ville dans un temps restreint. L’approche n’est pas érudite mais s’appuie sur la perception visuelle des monuments et des lieux en évitant les commentaires trop subjectifs.

En 1871, Metz devient allemande, la production de guides s’accélère notamment après la création d’un syndicat d’initiative en 1903. Des guides sont rédigés dans les deux langues. Guide des voyageurs à Metz et ses champs de bataille par M.H. Will en 1912, la visite de la ville est complétée à un tourisme mémoriel, la visite des champs de bataille de la guerre de 1870 qui attire tant les Allemands que les Français.

Au début du XXème siècle, suite au démantèlement des remparts, un projet d’un nouveau quartier voit le jour autour de la nouvelle gare. Après 1918, alors que Metz est redevenue française, les nouveaux guides n’accordent guère d’intérêt à cette partie allemande. Quand ils la décrivent, ils critiquent son architecture caractérisée par le mauvais goût, la prétention, le style « colossal ». Cette architecture allemande y est caractérisée par le mauvais goût, la prétention, le style « colossal », ce qui tranche avec le bon goût français du reste de la ville. Les critiques portent essentiellement sur la gare elle-même, considérée comme trop basse, trop lourde, trop massive. Les rédacteurs de ces guides sont des Messins (J.-J. Barbé, R. Clément ou M. Grosdidier de Matons)  qui ont connu l’Annexion, ils manifestent ainsi leur francophilie. Dans ces guides de l’Entre-deux Guerres on conduit plutôt le touriste vers les monuments et statues qui témoignent du retour à la France : plaques commémoratives du 11 novembre, statue de Poilu ou de Déroulède.

 

Dans les années 1960-1970, les guides deviennent un peu plus neutres, on arrête de critiquer systématiquement la gare pour ses « lourdeurs » mais peu s’attardent dans ce quartier de la Nouvelle Ville. En effet, avec la généralisation de l’automobile, les visites ne démarrent plus forcément depuis la gare. On critique encore le mauvais goût allemand alors que la ville se transforme, les quartiers anciens sont rasés pour voir apparaître des tours « modernes ».

Après 1975, les guides messins font leur révolution en changeant leur approche de ce quartier allemand. La dénonciation, la germanophobie ont laissé la place à la description, l’explication de cet ensemble architectural original. La réconciliation franco-allemande par la construction européenne, et l’élargissement de la notion de patrimoine ont permis de reconsidérer ce quartier.  Il est désormais perçu comme un élément d’une sédimentation historique qui enrichit le patrimoine messin dans sa grande variété.

 

Depuis les années 2000, le quartier allemand est devenu un nouveau centre d’impulsion pour la ville, avec la gare TGV, le Centre Pompidou-Metz. Il est désormais prolongé par la construction d’un nouveau quartier sur l’emplacement de l’amphithéâtre antique.

 

Jean-Christophe Diedrich

 

Sources :

DESMARS Bernard « Metz à travers les guides, de la monarchie de Juillet à 1870 », Cahiers Elie Fleur, n°15, 1997, p. 47-85.

DESMARS Bernard,  « D’un « lieu de mémoire » négatif à la valorisation patrimoniale : la Nouvelle ville de Metz dans les guides touristiques depuis 1918 »  In  Mémoire et lieux de mémoire en Lorraine (sous la direction de Philippe Martin et de François Roth), Sarreguemines, Pierron, 2003, p. 197-207.